Normalement, les urines ne contiennent presque pas de protéines : moins de 150 mg par 24 heures, dont très peu d'albumine. Une protéinurie peut être passagère, après un effort intense, une fièvre ou une infection urinaire, et disparaître au contrôle. Si elle persiste sur deux ou trois examens à quelques semaines d'intervalle, elle signale le plus souvent une atteinte des reins, fréquemment liée au diabète ou à l'hypertension, et justifie un bilan médical. Manger beaucoup de protéines ne provoque pas de protéinurie chez une personne aux reins sains.
Qu'est-ce qu'une protéinurie ?
Les reins filtrent le sang en retenant les grosses molécules, dont la plupart des protéines. Quand le filtre (le glomérule) est abîmé, des protéines, et d'abord l'albumine, passent dans les urines. Une protéinurie est donc un signe, pas une maladie : elle traduit le plus souvent une souffrance du filtre rénal, parfois un simple phénomène passager.
On parle d'albuminurie quand on dose spécifiquement l'albumine, le marqueur le plus sensible et le plus utilisé aujourd'hui pour dépister et suivre les maladies rénales.
Les seuils utilisés
Le dosage se fait le plus souvent sur un échantillon d'urine du matin, en rapportant l'albumine à la créatinine urinaire (rapport albumine/créatinine, RAC), ce qui évite de recueillir les urines de 24 heures. Les recommandations internationales KDIGO, reprises par la HAS, classent l'albuminurie en trois catégories.
| Catégorie | Rapport albumine/créatinine | Albuminurie des 24 h | Signification |
|---|---|---|---|
| A1 | < 3 mg/mmol (< 30 mg/g) | < 30 mg/24 h | Normale ou légèrement augmentée |
| A2 | 3 à 30 mg/mmol | 30 à 300 mg/24 h | Modérément augmentée |
| A3 | > 30 mg/mmol (> 300 mg/g) | > 300 mg/24 h | Sévèrement augmentée |
Les causes
Une protéinurie isolée sur un seul examen doit être contrôlée avant toute conclusion, parce que de nombreuses situations l'augmentent de façon passagère.
- Passagères : effort physique intense dans les heures précédentes, fièvre, infection urinaire, déshydratation, insuffisance cardiaque décompensée.
- Orthostatique : chez l’adolescent et le jeune adulte, protéinurie présente en position debout et absente dans les urines du matin, généralement bénigne.
- Durables : néphropathie diabétique, néphropathie liée à l’hypertension, maladies des glomérules, certaines maladies auto-immunes ou médicaments.
- Grossesse : une protéinurie associée à une hypertension après 20 semaines doit faire rechercher une prééclampsie, en urgence.
Et l'alimentation ?
Chez une personne aux reins sains, une alimentation riche en protéines ne provoque pas de protéinurie. Les sportifs qui mangent beaucoup de protéines peuvent présenter une protéinurie passagère après l'effort, mais elle tient à l'exercice, pas à l'assiette.
Quand une maladie rénale chronique est installée, l'alimentation fait partie du traitement : les recommandations proposent de ne pas dépasser environ 0,8 g de protéines par kilo et par jour dans les stades avancés hors dialyse, avec l'aide d'un néphrologue et d'un diététicien. Le contrôle de la pression artérielle, de la glycémie et du sel reste prioritaire.
Questions fréquentes
- Quel est le taux normal de protéines dans les urines ?
- Moins de 150 mg par 24 heures de protéines totales, et un rapport albumine/créatinine inférieur à 3 mg/mmol (30 mg/g) sur un échantillon d'urine.
- Une protéinurie est-elle grave ?
- Pas forcément : elle peut être passagère après un effort, une fièvre ou une infection. Persistante, elle signale le plus souvent une atteinte rénale à explorer avec un médecin.
- Le sport peut-il donner des protéines dans les urines ?
- Oui, un effort intense peut provoquer une protéinurie passagère, qui disparaît en un à deux jours. On évite donc l'exercice intense la veille d'un dosage.
- Manger trop de protéines donne-t-il une protéinurie ?
- Non chez une personne aux reins sains. En cas de maladie rénale chronique, l'apport en protéines est adapté avec le néphrologue.
Information générale, qui ne remplace pas l'avis d'un médecin. Un résultat d'analyse s'interprète toujours avec le professionnel de santé qui l'a prescrit.
Sources
- KDIGO (2013). 2012 Clinical practice guideline for the evaluation and management of chronic kidney disease. Kidney International Supplements, 3(1):1-150.
- HAS (2021). Guide du parcours de soins : maladie rénale chronique de l’adulte.
- KDOQI (2020). Clinical practice guideline for nutrition in CKD: 2020 update. American Journal of Kidney Diseases, 76(3 Suppl 1):S1-S107.